21 septembre 2026
Politique

Évacuation de Kassory Fofana et Damaro Camara ce n’est « ni une amnistie, ni une grâce »

20 septembre 2026 ·
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Le président de la République, Mamadi Doumbouya, s’est adressé directement aux Guinéens, ce samedi 19 septembre 2026, pour apporter des explications sur le départ à l’étranger de deux anciens hauts responsables du régime d’Alpha Condé : l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana et l’ancien président de l’Assemblée nationale Amadou Damaro Camara.

Les deux anciens responsables ont obtenu une autorisation de sortie du territoire pour recevoir des soins médicaux à l’étranger. Le parquet spécial de la CRIEF avait formalisé cette autorisation le 10 septembre dernier.

Dans son message, le chef de l’État affirme avoir voulu clarifier personnellement les raisons de cette décision, alors que les évacuations ont suscité de nombreux commentaires.

« Sur les questions qui touchent à la conscience de la Nation, le Chef de l’État se doit de parler lui-même. »

Des condamnations qui restent en vigueur

Mamadi Doumbouya assure que l’évacuation sanitaire ne remet pas en cause les décisions rendues par la justice guinéenne.

« La justice guinéenne a été saisie. Elle a instruit, elle a jugé, elle a condamné. Elle l’a fait souverainement, au nom du peuple guinéen et de lui seul. »

Le président ajoute que les décisions judiciaires concernant les deux anciens dignitaires « conservent l’intégralité de leur autorité », précisant qu’aucune décision n’est annulée, révisée ou négociée.

« Le principe qui fonde la refondation de notre pays demeure intact, nul n’est au-dessus de la loi, quelles qu’aient été ses fonctions. »

Cette précision intervient alors que les deux hommes ont été condamnés dans des procédures liées à la gestion des deniers publics. Ibrahima Kassory Fofana a notamment été condamné en appel, le 2 juillet 2026, à trois ans et neuf mois de prison ainsi qu’à une amende de deux milliards de francs guinéens pour enrichissement illicite et blanchiment de capitaux.

Amadou Damaro Camara, pour sa part, a été condamné en appel le 22 mai 2025 à trois ans et six mois d’emprisonnement dans une affaire portant notamment sur des faits de détournement de deniers publics liés à la construction du siège de l’Assemblée nationale.

Une dégradation de l’état de santé invoquée

La question sanitaire constitue le principal motif avancé pour justifier leur départ du pays. Les deux anciens responsables avaient, par l’intermédiaire de leurs conseils ou directement, sollicité une prise en charge médicale spécialisée à l’étranger. Le parquet spécial avait finalement autorisé leur sortie du territoire.

Ibrahima Kassory Fofana a finalement quitté Conakry le 18 septembre à destination de la France à bord d’un avion médicalisé. Son avocat avait expliqué que l’état de santé de son client ne lui permettait pas de voyager sur un vol commercial ordinaire.

C’est dans ce contexte que le président Mamadi Doumbouya affirme avoir personnellement autorisé leur évacuation.

« Mais un État fort n’est pas un État sans cœur. L’état de santé de ces deux hommes a été porté à ma connaissance et documenté. Face à la souffrance d’un être humain, j’ai estimé que la République ne pouvait détourner le regard. »

Il précise :

« J’ai donc autorisé, à titre exceptionnel et pour des raisons exclusivement sanitaires, leur évacuation vers des structures de soins appropriées. »

« Ni une amnistie, ni une grâce »

Face aux interrogations suscitées par le départ de ces deux anciens dignitaires, le chef de l’État insiste sur le caractère sanitaire et exceptionnel de la mesure.

« Cette décision n’est ni une amnistie, ni une grâce, ni un arrangement. Elle est un acte d’humanité, assumé devant vous. »

Le président affirme ainsi vouloir dissocier la prise en charge médicale des intéressés du traitement judiciaire de leurs dossiers.

Cette position rejoint les précisions données lors de l’autorisation de sortie du territoire : les évacuations médicales ne mettent pas fin aux procédures et obligations judiciaires concernant les deux anciens responsables.

Le chef de l’État appelle à dépasser la rancœur

Dans la dernière partie de son message, Mamadi Doumbouya inscrit cette décision dans une perspective plus large de réconciliation nationale.

> « Je veux une Guinée qui juge sans haine et qui sanctionne sans acharnement. »

Pour le chef de l’État, la lutte contre les détournements de deniers publics doit rester fondée sur l’exigence de justice plutôt que sur la vengeance.

> « Nous ne construirons pas la Guinée de demain sur la rancune, ni sur l’humiliation de qui que ce soit. »

Il estime également que la réconciliation nationale ne signifie pas l’effacement du passé, mais la capacité à construire un avenir commun après l’établissement des faits et le prononcé de la justice.

> « La réconciliation nationale n’est pas l’oubli ; c’est la capacité d’un peuple à regarder ensemble vers l’avenir, une fois la vérité établie et la justice dite. »

Avec cette communication, le président Mamadi Doumbouya entend donc maintenir une distinction entre, d’une part, les décisions judiciaires rendues contre Ibrahima Kassory Fofana et Amadou Damaro Camara et, d’autre part, leur droit à recevoir des soins médicaux, même à l’étranger.

Le chef de l’État conclut en plaçant cette démarche dans la perspective d’une Guinée tournée vers ses priorités sociales et économiques : l’éducation, la santé, l’accès à l’eau et à l’électricité ainsi que l’emploi des jeunes.