La publication de la nouvelle structure du gouvernement continue de susciter réactions et analyses au sein de l’opinion publique et des cercles intellectuels. Parmi les voix, celle du Dr Mohamed Cissé, observateur politique et économiste, qui propose une lecture à la fois stratégique, institutionnelle et prospective de cette réorganisation de l’appareil gouvernemental.
Pour lui, l’architecture d’un gouvernement n’est jamais neutre. Elle traduit une vision politique précise et une orientation stratégique claire. « La structure d’un gouvernement est toujours fonction de la trajectoire que le Président de la République voudrait donner à sa vision de développement social, économique et environnemental. C’est l’outil organisationnel qui doit faire la connexion entre la vision et les actions concrètes qui impactent », affirme-t-il.
Le Dr Cissé souligne également la volonté d’allègement et de cohérence qui transparaît dans la nouvelle configuration. « La structure est allégée avec la volonté de rendre les missions plus cohérentes. Ce qui reste, et que l’on souhaite en tant que bénéficiaire du service public, c’est l’affectation pertinente des profils aux départements », insiste-t-il.
Une réforme économique structurante
Sur le plan économique, l’économiste salue la réorganisation du département de l’économie et des finances, désormais intégré avec le budget. « L’ancien département de l’économie et des finances intègre le budget pour plus d’harmonie dans la mobilisation et les dépenses », explique-t-il, avant d’illustrer les dysfonctionnements de l’ancienne configuration : « La séparation paraissait comme l’existence d’un comptable avec rang de DAF et le DAF pour l’exécution séparée des tâches liées… Les deux auraient eu naturellement des chevauchements surtout que c’est à une dimension politique de la gouvernance ».
Il met également en lumière l’importance stratégique du ministère en charge du Plan et du Développement : « L’attention particulière sur le développement dans le libellé du ministère en charge du plan est tout aussi encourageante. Ce département est le véritable coordinateur des programmes considérant le PM comme directeur exécutif ».
Selon lui, sans une forte capacité de coordination, de suivi-évaluation et d’assistance aux ministères sectoriels, l’action gouvernementale devient inefficace : « Quand ce département perd d’horizons, le gouvernement tourne en rond ».
Cohérence sociale et vision intégrée
Dr Mohamed Cissé salue aussi la fusion des portefeuilles liés à l’emploi, au travail et à la protection sociale : « L’emploi, travail et la protection sociale sont rassemblés et cela représente une cohérence ». Il en donne une lecture fonctionnelle : « Le diplômé et porteur de métier offrent le travail, par contre, l’entreprise et l’État demandent le travail, par conséquent, offrent l’emploi. Séparer ces dimensions obère l’action gouvernementale relative ».
Sur la question du genre et de la famille, il observe une orientation politique assumée : « Je crois que l’accent reste sur la femme avec une volonté portée sur la famille », tout en rappelant la complexité de ces enjeux dans les politiques publiques : « Il peut y avoir conflit entre promotion féminine et la famille prise dans son unité… je la comprends en tant qu’acteur ayant observé ces enjeux dans des projets de développement ».
L’éducation comme socle de la transformation
Enfin, l’analyste accorde une importance particulière à la réorganisation du secteur éducatif : « La grande famille de l’éducation et de l’instruction est partiellement réunie », avec un espoir clair : « Je souhaite ardemment que l’équipe qui en aura la responsabilité parvienne à calibrer l’enseignement pré-universitaire de sorte préparer aux métiers indispensables à la transformation durable de notre économie ».
Pour conclure, Dr Mohamed Cissé rappelle que la réussite de cette nouvelle structure ne dépendra pas seulement des textes, mais surtout des hommes et des méthodes de travail : « Le résultat dépend, non pas de la prédisposition à gérer une administration donnée, mais de la capacité à coordonner les opérations complexes et interdépendantes surtout pour les ministres et les secrétaires généraux ».

