À vingt-quatre jours du scrutin présidentiel, Stat View International, partenaire national d’Afrobarometer, a dévoilé ce jeudi les résultats d’une vaste enquête menée auprès de 1 200 citoyens guinéens. Présentée lors d’une conférence de presse à la Maison de la presse de Conakry, l’étude révèle avec précision les attentes et les inquiétudes majeures de la population en cette période électorale cruciale.
L’accès à l’eau potable : la première urgence nationale
Selon les conclusions du sondage, l’accès à l’eau potable domine largement les priorités des Guinéens sur le plan national, avec 57 %. Ce besoin vital arrive en première position dans six des huit régions du pays, dont Kindia, Mamou, Faranah, Kankan, N’Zérékoré, et quasiment à égalité à Boké.
Cette forte demande traduit les difficultés structurelles persistantes en matière d’approvisionnement en eau, aussi bien dans les zones urbaines que rurales.
Routes, santé, électricité et sécurité alimentaire : les autres chantiers prioritaires
Derrière l’eau, les Guinéens expriment des préoccupations tout aussi pressantes :
Infrastructures et routes (50 %) : elles constituent la seconde priorité majeure dans tout le pays. Les difficultés de déplacement, l’état des routes et l’enclavement de nombreuses localités en font un enjeu électoral déterminant.
Santé (36 %) : troisième priorité nationale, mais première dans la région de Boké (59 %) et deuxième à Labé (46 %).
Électricité (32 %) : si elle se place en quatrième position à l’échelle du pays, elle est la préoccupation dominante à Conakry, où 54 % des citoyens l’identifient comme leur principal défi quotidien.
Insécurité alimentaire (25 %) : cinquième priorité nationale, elle grimpe pourtant au premier rang dans la capitale (40 %), soulignant une tension croissante liée au coût de la vie et à l’accès à une alimentation suffisante.
L’enquête note également que l’éducation et le chômage, bien qu’importants, ne figurent pas parmi les cinq premières préoccupations nationales, excepté dans certaines régions :
À Labé, l’éducation occupe la 5ᵉ place (26 %).
À Faranah, elle monte même à la 2ᵉ position (46 %).
À Conakry, le chômage constitue la 2ᵉ préoccupation (43 %).
Des disparités régionales marquées
L’étude met en évidence de fortes différences selon les régions, confirmant que les priorités économiques et sociales ne sont pas uniformes sur tout le territoire.
L’insécurité alimentaire, par exemple, dépasse l’eau et les infrastructures dans plusieurs zones comme Conakry, Kankan et Kindia, montrant que le problème dépasse la seule production agricole et inclut des enjeux d’accès, de distribution et de pouvoir d’achat.
Démocratie : un soutien massif, mais une confiance limitée dans les institutions
Outre les priorités sociales, Stat View International s’est intéressé à la perception du processus démocratique.
70 % des Guinéens estiment que la démocratie demeure la meilleure forme de gouvernement.
79 % souhaitent choisir leurs dirigeants à travers des élections libres, régulières et transparentes — un chiffre en forte hausse par rapport à 2022 (25 %).
Cependant, cette volonté démocratique se heurte à une méfiance persistante envers les institutions :
Seuls 36 % des citoyens font confiance à l’organe de gestion des élections en Guinée.
Seuls 36 % accordent leur confiance aux cours et tribunaux.
Ainsi, 55 % expriment peu ou pas de confiance envers l’organe en charge des élections, et 61 % envers la justice. Cette fragilité institutionnelle pourrait peser sur l’acceptation des résultats du scrutin.
Confiance envers le Président : une dynamique ascendante
Malgré cette méfiance, l’étude souligne une évolution positive concernant le Président de la République :
53 % des citoyens lui accordent leur confiance en 2024, contre 46 % en 2022.
Cette hausse pourrait refléter une distinction faite par la population entre la personne du Chef de l’État et les institutions qui l’entourent.
Une feuille de route claire pour les candidats
Les conclusions de Stat View International tracent un message net pour les concurrents à l’élection du 28 décembre.

