Un rapport accablant d’Amnesty International met en lumière des atteintes aux droits des travailleurs et des planteurs liés à la Société guinéenne de palmiers à huile et d’hévéas (Soguipah), une entreprise publique implantée à Diécké, dans la région de Nzérékoré.
Intitulé « Des salaires à en pleurer : atteintes aux droits des travailleurs liées aux activités de la Soguipah en Guinée », le rapport révèle des conditions de travail alarmantes : salaires en dessous du minimum légal, absence d’équipements de protection, exploitation économique des petits planteurs et absence de compensation pour des terres confisquées.
« Quand tu vois le bulletin de paie de certaines personnes, ça donne envie de pleurer », témoigne un ouvrier cité par Amnesty International.
Selon l’organisation, 29 des 30 fiches de paie examinées entre 2022 et 2025 indiquent des salaires inférieurs au minimum légal de 550 000 francs guinéens. Certains travailleurs auraient perçu à peine 69 000 francs guinéens (environ 7 euros) pour un mois de labeur. Ces rémunérations dérisoires plongent des milliers de familles dans une extrême précarité, aggravée par l’isolement de Diécké et la flambée du coût de la vie.
Des planteurs sans recours et des terres confisquées
Les planteurs affiliés à la Soguipah dénoncent une dépendance économique forcée. Tenus de vendre leur production exclusivement à l’entreprise, ils sont contraints d’accepter des prix inférieurs à ceux du marché, alors même que des prélèvements injustifiés continuent d’être effectués sur leurs revenus.
« La Soguipah continue de nous prélever alors qu’elle ne nous assiste plus comme avant », déplore un représentant syndical.
Plusieurs familles affirment aussi avoir perdu leurs terres au profit de l’entreprise, sans compensation équitable. « La Soguipah a tout pris, il n’y a plus où cultiver, donc nous sommes obligés de travailler pour elle », confie une habitante.
Silence de l’État et climat de peur
Malgré des grèves et manifestations organisées depuis 2019, les autorités n’ont pas réagi de manière efficace. Au contraire, le rapport dénonce un climat de peur où les travailleurs risquent des sanctions pour toute dénonciation publique. Une cadre aurait même été licenciée pour avoir critiqué les conditions des femmes employées.
Appel d’Amnesty à l’État guinéen
Pour Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, « les autorités doivent agir immédiatement pour garantir les droits humains de ces travailleurs, conformément au Code du travail et aux obligations internationales de la Guinée ».
Amnesty demande notamment au gouvernement de la transition de :
garantir un salaire décent à tous les employés de la Soguipah ;
assurer la protection des travailleurs contre les produits dangereux ;
enquêter sur les abus et confiscations de terres ;
et veiller au respect du droit syndical.
