La Côte d’Ivoire s’apprête à voter ce samedi 25 octobre 2025 pour le premier tour de l’élection présidentielle. Alors que la campagne électorale touche à sa fin, et que 9 millions d’électeurs devront départager cinq candidats, RFI fait le point sur les enjeux et les attentes avant ce premier tour. Réécoutez notre édition spéciale de ce mercredi 22 octobre, diffusée de 7h10 à 8h TU.
Neuf millions d’électeurs, du nord au sud de la Côte d’Ivoire, sont appelés aux urnes ce samedi 25 octobre 2025, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle. Alors que se termine la campagne électorale, au cours de laquelle les cinq candidats en lice ont tenté de se démarquer, RFI fait le point sur les enjeux du scrutin, entre coût de la vie, emploi ou encore sécurité…
Alassane Ouattara, l’actuel dirigeant ivoirien, est en lice pour un quatrième mandat, et verra se dresser face à lui quatre autres candidats : Simone Ehivet, ex-première dame et ex-épouse de Laurent Gbagbo ; Jean-Louis Billon, grand patron, ancien ministre PDCI du Commerce ; Henriette Lagou, ancienne ministre ; Ahoua Don Mello, candidat indépendant et ancien du PPA-CI.
La campagne s’achèvera ce jeudi 23 octobre, au soir. Depuis quelques jours le climat se crispe dans le pays, raconte notre envoyée spéciale permanente à Abidjan, Bineta Diagne. « Dans certaines localités, des personnes tentent d’initier des mouvements de protestation, mais cela reste assez isolé et rapidement maîtrisé. C’était le cas dimanche à Daloa, où neuf manifestants qui bloquaient la route ont été interpellés. Parmi eux, il y avait un individu qui est mort après avoir présenté des signes d’essoufflement […] Une enquête a été ouverte lundi. » Lundi, un gendarme a également été tué à Agboville au cours d’une intervention pour lever des barricades érigées par des individus encagoulés.
Les autorités ont interdit les marches : le prolongement d’une décision prise début octobre par le Conseil national de sécurité qui a interdit les meetings et les manifestations publiques visant à contester les décisions du Conseil constitutionnel. Le 11 octobre dernier, plus de 700 personnes avaient été arrêtées en marge d’une manifestation interdite de l’opposition. Ce dernier avait appelé à manifester suite à la décision du Conseil constitutionnel de rejeter les candidatures de deux personnalités politiques : « Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien qui a perdu ses droits civiques suite à une condamnation par la justice ivoirienne, et Tidjane Thiam, président du PDCI radié de la liste électorale pour des soucis liés à sa nationalité ».
Abdourahmane Barry, docteur en sociologie politique et invité de notre édition spéciale, craint de voir se reproduire des événements similaires à la dernière élection présidentielle de 2020, quand des violences post-électorales avaient fait une centaine de morts. « Il y a une inquiétude qui s’installe dans le pays […] On a envie de dire qu’à chaque présidentielle il y a son lot de violence, même si le degré de violence évolue selon les enjeux », explique-t-il.
La lutte contre la vie chère sera l’une des clés de cette élection. Bien que le taux d’inflation soit faible, les pressions sur le pouvoir d’achat des Ivoiriens sont réelles. Selon Stanislas Zeze, fondateur de Bloomfield Investment Corporation et également invité de notre édition spéciale, la première agence de notation financière basée en Afrique subsaharienne francophone, « ce n’est pas que les choses coûtent cher » en Côte d’Ivoire, c’est surtout « que les gens n’ont pas d’argent », précise-t-il. « Ça nous ramène à la précarité de l’emploi, dans un pays où on vous dit que le taux de chômage n’est qu’à 2,3 %. »
« Même à Abidjan, vivre avec 200 000 francs, c’est compliqué. Donc, imaginez celui qui émarge à 75 000 », complète Abdourahmane Barry. « Ces chiffres-là montrent qu’il reste beaucoup de choses à faire au niveau de la gouvernance économique. »
Une autre difficulté au quotidien reste aussi l’accès à l’emploi, notamment chez les jeunes, alors même que 75% de la population de la Côte d’Ivoire a moins de 35 ans. « Les jeunes sont en colère », rapporte sur notre antenne Séverin Kouamé, sociologue et enseignant-chercheur à l’université de Bouaké. Il évoque notamment une « l’inadéquation entre l’offre de formation et les besoins des entreprises », pénalisant ainsi des « jeunes qui n’ont aucune expérience professionnelle, qui n’ont aucune compétence vendable et qui se retrouvent face à eux-mêmes ». La « colère » des jeunes Ivoiriens pourrait « peut-être » se refléter dans l’abstention, poursuit Séverin Kouamé.
Pour Stanislas Zeze, le prochain gouvernement va devoir s’employer à « repenser la structure économique de la Côte d’Ivoire », afin d’être davantage « inclusive » et pour « créer suffisamment d’emplois pour absorber tous ces jeunes ». « Ce qui crée des emplois, c’est le secteur privé, pas le secteur public. Ça veut dire qu’il faut renforcer les entreprises ivoiriennes en créant un écosystème qui permet d’avoir des entreprises. »
Avec RFI
