L’émotion était palpable ce dimanche au Palais du Peuple de Conakry, où une foule composée de parents, d’amis et d’autorités s’est réunie pour rendre un dernier hommage à Elhadj Mamadou Sylla. Dans une atmosphère empreinte de recueillement, les témoignages se sont succédé pour saluer la mémoire d’un homme décrit comme un patriote déterminé, un entrepreneur audacieux et un bienfaiteur discret.
Moment marquant de ce symposium funéraire, l’intervention de Kiridi Bangoura a retenu l’attention. Visiblement ému, l’ancien ministre a fait témoignage mérité envers le défunt, en revenant sur un épisode clé de leur collaboration au début des années 2000, dans un contexte de crise sécuritaire majeure en Guinée.
Il a ainsi replongé l’assistance dans les événements du 1er septembre 2000, lorsque plusieurs localités frontalières guinéennes, notamment Pamelap, Mardinaoula, Farsankoni et Nongoa, avaient été simultanément attaquées. À cette époque, a-t-il rappelé, l’État faisait face à un manque critique d’équipements militaires, aggravé par les délais d’approvisionnement internationaux.
C’est dans ce contexte que Mamadou Sylla entre en scène. Selon Kiridi Bangoura, ce dernier disposait d’un stock de fusils de chasse et de munitions en cours de dédouanement, que l’État a décidé de réquisitionner pour soutenir les comités villageois de défense mis en place dans les zones frontalières.
« Tout ce qu’il demandait, c’était l’assurance que la décision venait du Président », a-t-il expliqué. Une exigence qui, selon lui, témoignait à la fois de la prudence et du sens des responsabilités du défunt. Une fois rassuré par le feu vert du chef de l’État de l’époque, Lansana Conté, Mamadou Sylla aurait donné son accord sans réserve, acceptant même d’être payé ultérieurement.
Au-delà de cet épisode, Kiridi Bangoura a également mis en lumière le rôle stratégique joué par Mamadou Sylla dans les efforts de rééquipement militaire du pays. Il a notamment évoqué la création de structures telles que Katex International et Futurel, mises en place pour faciliter l’acquisition de matériel, allant des hélicoptères à l’équipement roulant pour les forces armées.
Dans un contexte de guerre, a-t-il souligné, Mamadou Sylla aurait pris des risques financiers considérables, en contractant des dettes auprès de banques sur la base de garanties étatiques, afin d’importer du matériel au nom de ses entreprises. « En cas d’échec de la défense nationale, c’est lui qui aurait assumé ces dettes », a-t-il insisté.
Tout au long de la cérémonie, les témoignages ont convergé vers une même reconnaissance : celle d’un homme dont l’empreinte dépasse le monde des affaires, et dont l’héritage, à la fois économique, social et patriotique, continuera de marquer la Guinée.

