C’est un moment chargé d’émotion et de mémoire qu’a partagé Amadou Oury, premier ministre guinéen. C’était en marge du lancement officiel du campus BEM Africa à Conakry. Il a retracé un parcours personnel emblématique des défis et des espoirs de toute une génération issue de l’immigration guinéenne au Sénégal.
« Nous sommes issus de la communauté guinéenne immigrée au Sénégal. Je crois savoir que nous faisions partie de la première génération que l’on pouvait compter sur les doigts d’une main à fréquenter les lycées, puis l’université, à cette époque », a-t-il rappelé, soulignant combien l’accès à l’éducation relevait alors du privilège, et non d’un droit.
Dans un hommage appuyé au Sénégal et à son ancien président, Léopold Sédar Senghor, Amadou Oury a exprimé sa gratitude envers le système éducatif sénégalais, qui lui a offert les fondations d’un avenir prometteur, dans un contexte où bien peu d’immigrés y accédaient.
« J’ai un devoir de reconnaissance envers le Sénégal. Grâce au président Senghor, j’ai pu bénéficier d’une bourse de la coopération française pour intégrer les classes préparatoires. C’était une autre époque. »
Son arrivée à Paris, dans un environnement à la fois exigeant et déroutant, a été une étape décisive. Il y découvre la rigueur d’un système conçu pour l’élite, mais aussi les risques de déracinement auxquels sont confrontés de nombreux jeunes africains en exil académique.
« Nous avions compris très tôt que ce système ne gardait que ceux capables de survivre à ses règles. Alors, nous avons pensé à créer, chez nous, un cadre éducatif solide pour que nos enfants n’aient pas à souffrir des mêmes ruptures. »

